Biographie

SOFIE SÖRMAN + ARMEL DUPAS TRIO / RIPPLES

 

À l’heure où l’horloge de sa créativité la pousse à prendre son envol en signant cet album, Sofie Sörman vient ajouter son nom à la liste prestigieuse des chanteuses de jazz suédoises. On pense à Rigmor Gustafsson, Lisa Ekdahl, Jeanette Lindström, Rebecka Törnqvist, ou encore la pionnière Monica Zetterlund.

Quand on s’étonne que son pays ait produit autant d’interprètes féminines, Sofie offre une double explication : « En Suède, la voix fait partie de la vie dès l’enfance. Il y a des chorales partout, à l’école comme à l’église, chanter est un moyen d’expression essentiel. Quant à la présence marquante des Suédoises dans le monde du jazz, c’est tout simplement le résultat de l’égalité des sexes qui domine chez nous. »  

La généalogie lui donne raison. Dans la famille Sörman, en plus de la fille, il vous suffit de demander la mère ou la grand-mère pour entendre chanter. Un virus familial qui décline les styles, de génération en génération. Aux chants traditionnels et aux chansons populaires de ses ainées, Sofie a préféré le jazz, après un passage obligé par la case pop-rock ; la Suède n’est pas sans raison le pays d’Abba.

De l’époque de ses vingt ans, au sortir du conservatoire de Stockholm, elle a retenu la maîtrise et la discipline associées au travail en studio (le groupe au sein duquel elle officiait enregistrait pour Columbia), tout en développant une indépendance qui reste à ce jour le trait le plus essentiel de son caractère : « La pop a été une bonne école, mais je n’avais aucune autonomie au sein du groupe. C’est la raison qui m’a poussée à me consacrer au jazz, que je pratiquais depuis mon enfance pour avoir grandi auprès d’un père jazzman. »

Au début des années 2000, éprise de liberté, Sofie quittait Stockholm et s’installait à Paris.

Bien lui en a pris.

En l’espace d’une décennie, entre clubs, tournées et festivals (on a pu l’entendre, tout récemment, sur la grande scène du Parc Floral), elle a eu l’occasion de parfaire un style très personnel et une écriture intime au contact des principaux acteurs de la scène européenne.

Aujourd’hui, en contrepoint de ses duos avec le pianiste Franco Piccinno (« Defrost », The Orchard/EMI, 2011), Sofie Sörman donne la pleine mesure de sa différence en proposant ce « Ripples », formidable dans sa maîtrise vocale et l’aboutissement de textes essentiellement autobiographiques.

Le trio d’Armel Dupas — l’un des claviéristes les plus inspirés de la nouvelle génération de créateurs français — contribue fortement à la réussite du projet en dessinant un décor subtil et soyeux autour de la chanteuse. C’est néanmoins l’ambiguïté entre la force apaisante de ces compositions et leur vérité parfois amère qui assoit l’originalité de ce recueil : ici, l’interprétation ne reflète pas nécessairement le spleen qui s’échappe des mots, de même que les éclairs de joie ne sont pas exempts des remords que la vie se charge de nous léguer.

Dans ses phrases et ses inflexions, Sofie Sörman ne triche pas. Chez elle, ni vocalises inutiles ni vibratos appuyés, mais une parfaite maîtrise de la dynamique, mise au service de la narration. Dreamer et ses explorations des limites du rêve face à une réalité parfois cruelle ; Corners dans lequel la chanteuse met habilement en abîme sa certitude de manquer de certitudes ; Ripples qui décortique les rebonds de l’instant présent ; Healing Souls où l'âme bousculée trouve son apaisement dans la présence bienveillante de l'autre.

Les plages se succèdent, ballades ou mélodies uptempo. Sans oublier les racines nordiques (Dagen Viker, superbe ballade danoise) et l’amour de sa terre d’asile (Paris, ou encore le duo Etoile moyenne où l’on découvre les qualités vocales d’Armel Dupas). Et, au moment où s’éteignent les dernières notes, ce n’est plus un simple album que l’on découvre, mais l’univers habité d’une auteure, le monde cristallin et réaliste d’une interprète avec laquelle le jazz va désormais devoir compter.

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